Le rôle essentiel des processus cognitifs dans la construction des apprentissages
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- Écrit par Mikhaël COMET VACHER
Comment expliquer que tant d'individus sortent de formation en ayant si peu compris ce qui leur a été transmis. Selon Ernst von Glasersfeld, la réponse à cette question réside avant tout dans la « manie des réponses correctes » qui nous a été léguée par les béhavioristes.
Le béhaviorisme est une didactique qui porte exclusivement son attention sur le comportement des individus et se désintéresse des processus cognitifs à l'oeuvre dans la construction des apprentissages. Dans cette didactique, les erreurs sont considérées comme des manques qui doivent être évitées ou corrigées, alors que les réponses correctes doivent être valorisées. En s'appuyant sur le comportement observable des rats de laboratoire, le béhaviorisme a presque toujours éliminé la distinction indispensable qui existe entre le dressage et l'apprentissage. Le dressage conduit à créer chez l'individu de nouveaux comportements, alors que l'apprentissage cherche à construire chez l'individu des idées ou des structures d'idées.
Une idée ne se transmet pas d'un individu à l'autre sans faire appel au langage, à l'interprétation du langage que chaque individu interprète différemment. Interpréter le langage signifie associer des mots ou des phrases à des expériences vécues qui sont propres à un individu et différentes d'un individu à l'autre. Chaque fois que l'utilisation d'un mot n'a pas eu l'effet escompté, l'individu est amené à changer la signification de ce mot. Ainsi les significations des mots sont des choses tout à fait subjectives.
Certes, l'apprentissage « par coeur » permet de se souvenir plus ou moins longtemps et avec plus ou moins d'exactitude, des phrases que l'on a répétées pour ce faire. Cependant, cette méthode ne permet pas à l'individu de comprendre ces phrases comme des structures conceptuelles. Ces phrases évoqueront très peu de choses pour celui qui les a retenues, sauf s'il les a reliées à un fond propre d'expériences.
On recense 19 aptitudes cognitives qui permettent de relier des mots, des phrases ou des symboles, à des expériences vécues : l'identification ; la comparaison ; l'analyse ; la synthèse ; la classification ; la codification et le décodage ; la projection de relations virtuelles ; la différentiation, la représentation et la transformation mentale ; la pensée divergente et hypothétique ; le raisonnement transitif, analogique et logique ; la pensée syllogistique et inférentielle ; la déduction et l'induction.
Ces aptitudes cognitives peuvent avoir également des relations en elles : pour qu'un individu soit capable d'identifier, il devra être capable préalablement de comparer. En effet, pour qu'un individu conclut qu'une expérience qu'il est en train de vivre, ressemble pour partie à une expérience qu'il a déjà vécue, il faut qu'il ait extrait quelques propriétés de la première, qu'il retrouve à l'identique dans la seconde. Il s'est alors construit une matrice de propriétés, qu'il peut confronter aux nouvelles expériences qu'il est susceptible de vivre. De fait, si une expérience s'accorde bien avec cette matrice, il pourra dire qu'elle est similaire aux précédentes expériences qu'il a vécues. Jean Piaget appelle assimilation, le fait qu'un individu soit capable de considérer comme identique, une expérience qu'il a déjà vécue et une expérience qu'il est en train de vivre.
Les aptitudes cognitives que développe un individu depuis son plus jeune âge, constituent quelque chose de considérable pour l'évolution de ses capacités tout au long de son existence et de ses compétences dans son environnement professionnel. Un individu qui considère toutes ses expériences professionnelles comme différentes, n'est pas en mesure de percevoir qu'il évolue dans un environnement structuré qui comporte des relations entre ses différentes expériences. Il vit dans un monde constitué par une infinité d'expériences professionnelles isolées. Il n'a jamais besoin du pluriel d'un mot parce qu'il n'est pas en capacité de trouver deux expériences professionnelles similaires. Contrairement aux apparences, le pluriel n'est jamais quelque chose qui est perçu, mais bien quelque chose qui est construit.
On commence à comprendre par quels mécanismes l'individu parvient à construire ses apprentissages. De même que la connaissance des lois de la relativité est indispensable pour faire fonctionner un système de positionnement global, la connaissance de l'être humain est indispensable pour transmettre un enseignement. Tant que les mécanismes à l'oeuvre dans la construction des apprentissages n'auront pas été très largement diffusés à travers la profession, il y a peu de chances que les individus sortent de formation en ayant compris ce qui leur a été transmis. C'est dans la connaissance de ces mécanismes que réside la possibilité de transmettre véritablement et durablement des enseignements.
