L'incidence des mécanismes de coordination sur le comportement des apprenants
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- Écrit par Mikhaël COMET VACHER
Sous la pression sociale, l'individu peut être amené à se créer de faux souvenirs. Ce phénomène assez fréquent a été étudié par une équipe de chercheurs franco-israéliens. Le protocole expérimental utilisé a consisté à projeter un film à un groupe d’individus puis à demander à chaque individu de renseigner, à trois intervalles de temps distincts, un questionnaire très détaillé concernant le film :
- après la projection ;
- après leur avoir communiqué les réponses de ceux ayant visionné le film en même temps qu’eux, les chercheurs ont alors constaté que, dans environ 70% des cas, les individus se conforment à l’avis du groupe ayant donné des réponses erronées ;
- après leur avoir appris que les soi-disant réponses du groupe avaient été générées par ordinateur et qu'en conséquence elles étaient erronées, les chercheurs ont ensuite constaté que, dans plus de 50% des cas, les réponses sont restées erronées.
Les individus ont enregistré de faux souvenirs lorsqu'ils leurs a été communiqué les réponses du groupe qui différaient des leurs, conséquence de l’action conjointe de l’amygdale cérébrale impliquée dans l’émotion et de l'hippocampe impliqué dans la mémoire à long terme. En effet, sous la pression sociale, l’amygdale s’active et se connecte à l'hippocampe qui enregistre de faux souvenirs dans la mémoire à long terme. Dorénavant, dans leurs esprits et leurs récits, les faux souvenirs ont remplacés les vrais, comblant le « gap » qui existait entre le récit des individus ayant visionné le film en même temps qu’eux et leurs souvenirs.
Cette pression sociale n'a pas été directement exercée par le groupe sur l'individu mais bien par l'individu sur lui-même via les chercheurs. Pour comprendre les mécanismes sous-jacents responsables de ce type de comportement, il faut savoir que la survie du groupe est liée à l’apprentissage par l'individu dès le plus jeune âge de ce qui lui est nécessaire pour « vivre heureux en société ». Selon Henri Laborit, « on lui apprend à ne pas faire caca dans sa culotte, à faire pipi dans son pot. Et puis, très rapidement, on lui apprend comment il doit se comporter pour que la cohésion du groupe puisse exister. On lui apprend ce qui est beau, ce qui est bien ; ce qui est mal, ce qui est laid ; on lui dit ce qu'il doit faire et on le punit ou on le récompense, quel que soit sa propre recherche du plaisir, on le punit ou on le récompense suivant que son action est conforme à la survie du groupe ».
Par conséquent, face aux certitudes des autres, la plupart des individus conditionnés par leur éducation, se rangent du coté de la majorité, et ceci en pleine inconscience des motivations qui les poussent à agir de la sorte. Ce comportement bien connu des socio-constructivistes doit amener à s'interroger sur les mécanismes de coordination appropriés à utiliser afin de réguler les interactions entre les apprenants en formation.
Il existe cinq mécanismes qui permettent de coordonner entre elles des activités : l’ajustement mutuel, la supervision directe, la standardisation des procédés de travail, des résultats et des compétences. C’est grâce à ces mécanismes, qui sont autant d’instruments de gestion directs et indirects, que le manager ou le formateur s’assure que la contribution d’un individu est en phase avec le travail à réaliser, autrement dit, que les actions des individus sont efficientes et coordonnées. Chacun de ces mécanismes présente des avantages et des inconvénients.
Quand on examine une activité, on peut mesurer « l’intensité » de chacun des cinq mécanismes. On constate alors en général que chacun d’entre eux est utilisé à un degré ou à un autre, mais qu’un ou plusieurs d’entre eux dominent. La nature du mécanisme de coordination qui domine a une incidence extrêmement forte sur le comportement des individus, ainsi que sur de nombreuses caractéristiques de gestion.
En formation, le mécanisme de coordination dominant est l'ajustement mutuel. Selon Pierre Romelaer, plusieurs personnes se coordonnent par ajustement mutuel si elles décident d’une action au terme d’une communication directe dans laquelle il n’y a pas d’idée de hiérarchie : chacun peut ainsi émettre des idées, critiquer les idées des autres, faire des contre-propositions. La communication peut être en face à face, par téléphone, par internet ou intranet. Ce mécanisme présente des avantages. C’est un mécanisme de coordination souvent jugé agréable : chacun apprécie de pouvoir faire valoir ses contraintes, son point de vue et ses préférences. Mais il comporte aussi des inconvénients. Il peut vite conduire à des situations de blocage : s'ils ne parviennent pas à un consensus, les apprenants peuvent perdre leur temps en discussions ; sous la pression sociale certains peuvent être amené à modifier leurs réponses en fonction des réponses du groupe ou à ne plus exprimer leurs représentations ce qui les condamnent à ne pas pouvoir les déconstruire.
Afin d'obtenir de la part des apprenants de nouveaux comportements plus adaptés à la construction de leurs apprentissages, le formateur doit intervenir pour fixer certaines règles :
- si un apprenant n'est pas d’accord, il doit expliquer ce qui le dérange dans la proposition d'autrui et impérativement faire une contre-proposition afin d'éviter que la seule action de critiquer ne conduise à la paralysie de l'action ;
- de plus, personne n’a le droit de se moquer.
En effet, l’erreur est omniprésente en formation et constitue le point de départ de la réflexion du groupe. Par conséquent, il est nécessaire de dissocier l’erreur de la valeur personnelle. L’erreur ne doit pas affecter l’image que l’apprenant a de lui-même. Le formateur doit dédramatiser l’erreur en expliquant son rôle dans la construction des apprentissages et permettre aux apprenants de proposer des solutions dans un climat de sécurité affective en faisant respecter les règles qu'il a préalablement énoncées.
